dimanche 27 septembre 2015

Recettes de Vie...ctoire !

En avril dernier, j'avais été particulièrement intéressée par une initiative pleine de peps et de générosité : un bouquin de cuisine pas comme les autres. 
En effet, Recettes de Vie 1 et 2 sont non seulement des recueils de régals du monde entier à réaliser avec vos petites mimines que les amis, voisins, collègues, mamans, tatas ont bien voulu partager, mais aussi un formidable moyen de financer des associations au service du bien-être de la femme et de l'enfant au Liban et au Moyen-Orient ! Qui dit mieux ?...


Maissa et Ghia, les deux super complices co-auteurs, poursuivent l'aventure. En juin dernier, en Chine, le Gourmand World Cookbook Awards a décerné, tenez-vous bien, la 3ème place à leur bébé dans la section Asie - Bienfaisance - Récolte de fonds !!

Le 7 octobre, c'est à Singapour qu'on pourra les retrouver pour le lancement local du Recettes de Vie n°2.


  

Et, cerise sur le gâteau, deux semaines plus tard, elles réuniront toutes les ONG sélectionnées, les médias et les sponsors pour annoncer les milestones atteints en un an suite au lancement de Recettes de Vie 2 au Liban, aux EAU, en France et au Royaume-Uni. Tous les bénéfices accumulés seront alors reversés, comme prévu, aux ONG pour financer des projets concrets. 

Je me demande bien ce qu'elles vont maintenant pouvoir trouver  pour ajouter encore un peu plus d'épices à leur course gagnante...
A quand un concours "Miss RdV" ? 


dimanche 12 juillet 2015

La femme qui murmure à l'oreille des murs...

On peut dire ce que l'on veut des réseaux sociaux, mais c'est bien l'un d'eux qui m'a donné la chance de faire la connaissance d'une Libanaise discrète mais remarquable.


Carole, diplômée de l'Académie Libanaise des Beaux-Arts (ALBA), est une artiste dans l'âme. Toujours attirée par la mode, l'art en général, elle a choisi principalement la peinture qui lui procure la paix intérieure et un immense bonheur.
S'inspirant de Gustave Moreau, Braque, Matisse, Sonia Delaunay, ce sont les couleurs qui la font vibrer.


ND de la Délivrance
Ayant également été formée à l'iconographie, et à la fresque murale à Pérouse, Carole a pu rénover et transformer le plafond d'une jolie petite église de sa région, la Békaa. Notre-Dame de la Délivrance de Deir Tahnich à Aammiq, lieu de pélerinage, s'est vue ainsi transformée... 67 m² de plafond peints en une série de tableaux représentant les différentes stations du Rosaire. Le tout dans un style contemporain proche de l'art naïf avec une palette de couleurs vives et parfois sans mélange. Il lui aura fallu un an de travail pour obtenir ce résultat à l'été 2013.


Le travail de Carole est un exemple de l'art de transformer le laid en beau, le triste en gai, le négatif en positif. Originaire de Zahlé, ce sont ses souvenirs d'enfance qui se trouvent là-bas, et surtout dans la maison de ses grand-parents. Celle-ci est un jour démolie au profit d'une route bordée d'un triste mur. Envolés tous les souvenirs joyeux et colorés de son enfance ? Certainement pas ! Carole ne l'a pas entendu de cette oreille. Après avoir monté son projet, armée de ses pinceaux, elle s'est attaquée à ce mur pour lui donner vie.

L'ancienne porte verte renaît, un portail en arcades, une jolie grille de fer forgé qui s'ouvre sur un sentier imaginaire, le tout accompagné de verdure et de fleurs.


Après Zahlé, c'est le quartier d'Achrafieh à Beyrouth qui prend contact avec elle afin de faire profiter la capitale de son art de la fresque et du trompe-l’œil. Elle choisit son mur et est attentive à sa préparation afin que l'oeuvre soit pérenne. Il ne s'agit pas d'art éphémère. Et là surgit petit à petit une superbe porte dans le style ottoman d'un tel réalisme qu'on irait presque y toquer (normal quand on est toquée).
Non seulement les murs se fondent mieux dans le paysage urbain, mais ils sont admirés et respectés. Plus de poubelles tout du long ou d'affichage sauvage !



Bien évidemment, lorsqu'on est possédé d'une telle passion, on ne peut que la transmettre. C'est ce que fait Carole en animant des ateliers pour enfants et adolescents (à partir de 5 ans) chaque été.
Actuellement, elle travaille aussi sur une future exposition qui aura lieu en novembre, sur le thème de l'Univers, en collaboration avec un autre artiste. Pour ceux qui ont la chance d'être à proximité, allez-y pour vous faire du bien d'abord, et m'en donner des nouvelles ensuite !

Jbeil




dimanche 28 juin 2015

Balade insolite dans la Bekaa nord

Lors de mes trois années passées au Liban, j'ai tenu un journal en y consignant mes déplacements, découvertes, surprises (bonnes ou mauvaises)... Avec vingt ans de recul, certains passages sont toujours intéressants. Voici donc ce que j'écrivais de retour d'un week-end au nord nord nord du pays.

"Après Tripoli, nous avons bifurqué vers la montagne pour rejoindre un village sunnite, Mechmech. En traversant cet endroit peu connu des Libanais eux-mêmes, nous étions clairement dévisagés. Cinq jeunes occidentaux dans une berline poussiéreuse... un brin suspect. Ce lieu inhospitalier passé, nous nous sommes dirigés vers le sommet de la montagne pour redescendre vers la plaine de la Bekaa.

Mechmech
Au détour d'un chemin, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir un plateau d'un vert tendre nous rappelant étrangement nos verts pâturages français parsemés de jolis arbres. C'était beau à donner envie de se rouler dedans !
Mais le jour déclinait, et il s'agissait de passer la montagne dont nous apercevions le sommet à quelques kilomètres. Seulement, arrivés à l'extrémité de ce plateau verdoyant, nous avons eu la surprise de trouver la route coupée et continuant en chemin caillouteux, bon pour les randonneurs (plutôt rares) ou les troupeaux de chèvres. Renseignements pris, nous avons décidé de passer malgré tout.
Nous arrêtant au moment du coucher du soleil, nous avons été récompensés par une vue splendide sur la côté nord du pays, et la Syrie un peu plus loin.
Dégrisés par l'obscurité qui nous enveloppait petit à petit, nous avons poursuivi notre chemin cahoteux, obligés de descendre de voiture au moins vingt fois pour pouvoir passer les endroits critiques. Il faisait déjà bien nuit quand nous avons enfin retrouvé le goudron. 
La voiture fumant, il a bien fallu s'arrêter encore pour faire le plein d'eau. Un homme sorti de nulle part s'est alors approché pour nous proposer de l'aide, puis nous inviter chez lui pour un café. Impossible de refuser. Nous avons alors pénétré dans une modeste maison de deux pièces. Des matelas posés à même le sol, et deux enfants y dormant déjà. Une fois le café pris, on nous proposa de rester dormir, mais nous voulions rejoindre la Bekaa et nous rapprocher de Baalbeck où nous avions rendez-vous le lendemain.
L'heure désormais tardive nous a quand même poussés à trouver rapidement un endroit où nous installer. Résolus à dormir à la belle étoile, nous avons dégoté une ébauche de maison à quelques centaines de mètres d'un hameau dans la plaine. La nuit fut des plus courtes puisque le vent s'est levé vers 1h pour ne cesser qu'à midi. S'engouffrant par toutes les ouvertures, ce fichu vent ne nous a pas laissés dormir. 
Au petit matin, je m'isolai dans la voiture pour me changer quand j'aperçus quelqu'un s'approcher et me parler. Je rameutai le groupe et un de mes amis s'efforça de sortir péniblement quelques mots d'arabe, mais ce fut bientôt tout un groupe (et quelques armes) qui se dirigea vers nous... Impossible de nous faire comprendre, quand soudain... on entendit un homme parler français ! Sauvés par le gong... Le malentendu dissipé, nous avons finalement compris qu'il était inconcevable pour ces chiites de la montagne que cinq jeunes s'installent ainsi pour passer la nuit dehors alors qu'il était si simple de frapper à leur porte. Réflexe d'occidentaux qui pensent déranger...
Et nous voilà partis prendre un petit-déjeuner pantagruélique chez ce charmant francophone, tout heureux de présenter ces hurluberlus à sa famille. 

Grotte de St Maron
C'est évidemment avec un retard conséquent que nous sommes arrivés à notre rendez-vous à Baalbeck. Mais impossible de passer outre ce site romain époustouflant, même si le but de notre balade était la grotte de Saint Maron aux sources de l'Oronte.
De retour sur nos pas, pour remonter vers l'extrême nord, nous avons eu la surprise de retrouver notre hôte du matin en voiture et nous faisant signe de le suivre. Craignait-il que nous nous perdions à nouveau ?... Il alla même jusqu'à nous proposer de l'argent ! Peut-être pensait-il que nous étions vraiment fauchés comme les blés pour dormir dehors. 
Notre but atteint, nous sommes finalement repartis, gorgés d'air pur et de paysages inoubliables.
Remontant encore un peu vers le nord, il s'en est fallu de peu que nous rejoignions la frontière syrienne. Rectifiant le tir, nous avons atteint le sommet de la chaîne du Mont-Liban juste pour admirer les derniers feux du soleil caressant l'Anti-Liban. La fin tout en beauté d'un week-end fort cahotique..."


C'était il y a vingt ans... et c'est comme si c'était hier.
 

lundi 15 juin 2015

Le colosse des montagnes

Vu de loin, j'ai longtemps imaginé le cèdre comme une espèce de sapin hors normes. Je me disais quand même que ce "sapin" devait bien avoir quelque chose de spécial pour avoir été choisi comme symbole d'un pays.

Décembre 1988, lors de ma toute première visite au Liban, il n'était évidemment pas question d'aller voir les cèdres. La guerre, tout autant que la froidure de l'hiver, empêchait que l'on montât jusqu'à ce sanctuaire. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Un sanctuaire, un lieu de paix, une retraite qui se mérite. Mais de quoi parle-t-elle, pensez-vous... 
Si le Liban est le pays des cèdres, vous n'allez pas en croiser à tous les coins de rue. Et puis attention... il y a cèdre et cèdre ! Le plus répandu aujourd'hui, car plus facile à faire pousser, est le Cedrus atantica qui reboise plus rapidement les montagnes. Mais celui dont je vous parle est le Cedrus libani, l'espèce qui se raréfie et que l'on admire encore au nord du pays à 1925 mètres d'altitude, au-dessus de Bcharré, village du célèbre écrivain Khalil Gibran. 


Là, ce sont environ 370 cèdres géants, derniers vestiges d'une forêt qui couvrait la montagne libanaise. Plusieurs d'entre eux sont millénaires, voire pluri-millénaires...et vous toisent de leur hauteur pouvant atteindre 40 à 50 mètres. 

La première fois que j'ai pu enfin déambuler au milieu d'eux, j'aurais pu me prosterner devant une telle majesté. En réalité, je me suis arrêtée, ai posé ma main sur un de ces vieux troncs noueux, fermé les yeux et, en m'enivrant de leur parfum, les ai écoutés me raconter le vent qui les caresse sans jamais les ébranler, la neige qui les enveloppe telle une fourrure immaculée l'hiver, le soleil et la lune qui jouent sur l'horizontal de leurs longues branches d'un vert bleuté, et les amoureux qui gravent leurs serments comme s'ils déposaient un baiser sur l'écorce.

A Rhodes, le colosse, symbole de la résistance à l'envahisseur, était de bronze et n'a vécu que 60 ans. Au Liban, les colosses de la montagne, merveilles de la nature et fierté nationale, ont traversé les siècles, les guerres, les maladies, et se dressent encore dans le silence de la montagne.

"Ce sont des êtres divins sous la forme d'arbres" écrivait Lamartine. Il faut aller leur rendre humblement visite pour le comprendre. 

lundi 25 mai 2015

L'émotion au bout de la voix


Vous allez peut-être penser que j'ai un côté un peu rétro, à souvent souligner les traditions. Mais de quoi est donc faite l'identité d'un pays, d'un peuple, si ce n'est de ce socle que sont les traditions ? 

En voilà une impalpable, mais qui ne m'a jamais laissée indifférente bien que demeurant mystérieuse pour moi : le zajal ou "l'art d'émouvoir avec la voix". 

Il m'est arrivé d'être invitée à des mariages ou des repas festifs au cours desquels un ou deux "anciens" perpétuaient la tradition du zajal. Cette joute oratoire populaire en arabe dialectal qui a connu son âge d'or au Liban avant la guerre de 1975. Les zajalistes avaient un succès fou et étaient élevés au rang de poètes.


Au son des percussions, ils se lancent des défis syntaxiques et abreuvent l'auditoire de vers improvisés (ou appris par cœur) sur des thèmes comme la patrie et la femme. On y trouve aussi beaucoup d'humour avec parfois des connotations crues.

"A la nuit tombée / à l'insu des parents, je m'approche ivre de ma bien-aimée / j'embrasse ses lèvres enflammées / puisse-t-elle réchauffer mes lèvres gelées"...

"Impie je le suis à l'infini / du système et des chaînes je me suis affranchi / ma religion est celle-ci / la religion de la raison et de la vie"...

Certains y voient les influences des chants liturgiques syriaques et de la poésie persane (Antoine Boutros el-Khoueyri - Tarikh a'zajal al-loubnani). Parmi les nombreux textes de zajal, l'un des plus rares date du XIIIème siècle et traite de la chute des Croisés dans Tripoli.

Forteresse Saint Gilles de Tripoli
Après un vrai déclin, cette tradition commence à renaître depuis quelques années grâce à une émission de télévision locale qui a primé une dizaine de novices. Facebook se fait aussi le relais des amateurs.

Même si je n'ai jamais rien saisi à la subtilité de ces échanges, je les ai toujours perçus comme un miel qu'on laisse doucement fondre en bouche. Pour moi, c'est la saveur d'une langue alliée au velours des voix qui la déclament, et font naître un frisson intérieur. C'est aussi une ambiance où chacun est à l'écoute, goûte, savoure et apprécie en poussant des exclamations ou en applaudissant. C'est l'expression populaire d'un amour de la vie et du verbe.



jeudi 14 mai 2015

La "danse" du tric trac

Tout comme à Buenos Aires on danse le tango dans la rue, au Liban on y joue au tric trac. Une autre sorte de danse... celle des dés jetés qui roulent... celle des pions qu'on déplace et qui claquent contre le bois du plateau de jeu, tel le bruit des talons frappant le sol au rythme de la musique.

Sur le trottoir ou au café, les hommes se font face dans une joute précise et ancienne. Car c'est au Vème siècle que remonterait l'origine de ce jeu. On en trouve trace dans une épigramme dédiée à l'empereur byzantin Zénon. 

Il existe plusieurs versions de ce jeu qu'on appelle communément "tawle" (table). Pratiqué dans tout le Moyen-Orient, l'influence turque s'entend encore dans les chiffres criés par les joueurs à chaque lancement de dés : yek (un), dü (deux)... ! Encore un exemple du mélange culturel qu'est ce pays.

Cela reste tout de même un jeu populaire et masculin. Le fait d'y jouer dans la rue, ameutant les voisins, les passants... on s'invective, on crie, les coudes sur les dossiers des chaises qu'on a retournées, avec souvent un narguilé et un plateau de café à portée de main. Pas très féminin tout çà... mais bon...

Tout le monde n'adhère pas bien sûr, mais pour un œil extérieur, avide d'authenticité comme le mien, c'est un régal, une curiosité à ne pas louper. Un vrai ballet de sons, d'odeurs, de postures ! 

Aujourd'hui, malgré l'invasion des jeux vidéos, on trouve encore à Beyrouth des cafés où l'on joue au tric trac. Et puis c'est sans compter les "jeddo" (grand-pères) qui transmettent leur savoir à leurs petits-fils... 
Sans l'avoir bien pratiqué, j'ai même appris à y jouer. Alors je suis prête à parier que cette tradition a encore de beaux jours devant elle. 

jeudi 7 mai 2015

Pour l'amour d'Aammiq

Je me souviens encore de mes amis Libanais me disant que la guerre avait fait fuir les oiseaux. Et c'était vrai que dans les années 90 on n'entendait guère de pépiements joyeux. Personne ne m'avait parlé d'Aammiq et son projet de conservation de l'environnement qui allait voir le jour, et pour cause... 
Les années de guerre avaient mis cette propriété privée de 3500 hectares de nature (montagne boisée, zone humide, activité agricole, etc) entre parenthèses. La zone avait déjà perdu près de 700.000 arbres et les 240 hectares de marécages  avaient été presque complètement mis à sec. Terrible constatation alors que les écrits ottomans du 17ème siècle évoquaient une zone humide allant jusqu'à 30 km de là...

La majeure partie de ces terres situées au cœur de la vallée de la Bekaa ouest appartient à la famille Skaff depuis 1927. C'est la troisième génération qui a décidé en 1997 de reprendre la gérance des lieux. L'année suivante, la conservation a débuté avec l'aide d'une organisation internationale. Depuis 2005, Aammiq fait aussi partie de la Shouf Biosphere Reserve, comme plusieurs villages du versant ouest de la montagne.

Aujourd'hui, on peut y faire de belles randonnées et, avec un peu de chance, y voir des oiseaux migrateurs : cigognes blanches, pélicans, aigles..., et des mammifères locaux comme les sangliers, renards, loups, hyènes et même des buffles (réintroduits en 2002) !




Toujours dans l'idée de l'éco-tourisme, un restaurant écologique -Tawlet Ammiq (la table d'Ammiq)- existe depuis trois ans au même endroit. Energie solaire, puits canadien, mobilier en bois de palettes recyclées, recyclage systématique des déchets, cet éco-resto a toute la panoplie pour séduire même les écolos purs et durs, et met en avant recettes, ingrédients et producteurs locaux. 
Je sais pas vous, mais moi... je kiffe !
Et pour confirmer, "çà plaît à tous les âges et surtout aux jeunes" m'a dit Michel Skaff, avant d'ajouter "la nature a une valeur qui est quantifiable... et c'est le futur !". Pourvu que les générations à venir en restent convaincues...



Si vous n'avez que deux minutes, çà tombe bien... faites vos premiers pas grâce à cette vidéo.